Préambule :
Printemps 2009, j’entame ma 3ème saison avec le club Valentinois et je suis encore loin de l’épreuve “longue distance” programmée en septembre qui devrait me faire passer au “cran supérieur”.
Malheureusement, une déchirure musculaire quatre jours avant l’épreuve m’obligera à tronquer la course après le vélo, frustré de ne pas finir ce qui devait être mon “tremplin” pour accéder au magique triathlon d’Embrun.
Après un bilan mitigé de la saison 2009, quelques doutes et interrogations laissés très vite derrière moi, je l’avais décidé…ce serait l’édition 2010 !
Avant la course :
13 aout 2010, je suis arrivé à Embrun. Léa ma fille et Krystel ma compagne sont à mes cotés. Déjà le parc à vélos est en place et toute cette organisation qui s’agite pour préparer l’événement me donne déjà mes premiers frissons.
Après récupération du dossard et quelques moments de détente au plan d’eau, direction St André d’Embrun où nous seront logés dans la chaleureuse maison de famille de Jean-Marc. De part sa proximité (7km) et son confort, je compris vite que cette maison serait un atout pour me préparer dans de bonne condition !
14 aout 2010, La pluie tombe déjà depuis longtemps quand je me présente à l’entrée du parc pour y déposer mon vélo. Le bracelet d’accès au parc, oublié, me gratifie d’un aller-retour, laissant ma petite famille avec un vélo à garder et bien sûr sous la pluie !
Enfin j’installe mon vélo à son emplacement prévu : rangée 31, chaise 862, avec pour seule protection, une housse de roue de vélo !
Jour J, la natation :
15 aout 2010, inutile de vous préciser que la nuit fut courte et agitée ! Sur le site du plan d’eau, je rejoins le cortège de triathlètes, lesquels facilement reconnaissables avec leur caisse en plastique rouge, se dirigent tous vers le même lieu, passage incontournable de l’entrée du parc à vélos. Il est 5h40, je passe rapidement devant la rangée 1 où des cameras attendent les “vedettes” du jour, et je rejoins mon emplacement. La conjugaison de la nuit, des projecteurs, et de cette musique “psychédélique”, dégage une atmosphère particulière (c’est Embrun !) et je comprends l’ampleur de l’événement.
Je vérifie si tout mon matériel est bien en place pour la première transition et déjà le parc se vide, direction le plan d’eau. Les féminines sont déjà parties depuis 10 mm, nous sommes là sur cette plage tous coiffés du même bonnet blanc, seul élément qui nous distingue dans la nuit, prêts à en découdre avec ces 3800 mètres de natation.
Le départ est proche la pression est maximale…la corne retentit, le chrono est déclenché !
Le passage “redouté” près du ponton est franchi, ça frotte un peu mais c’est de bonne guerre, j’aperçois une lumière au loin, sûrement la bouée jaune au fond du plan d’eau. Je repense aux dernières indications du coach “économiser les jambes et se concentrer sur les bras”.
J’évolue dans cette eau, alors que le jour se lève timidement et laisse apparaître les montagnes autour de moi en phase avec ma respiration, à gauche, à droite. La fin du deuxième tour, une douleur m’annonce une crampe…pas de panique je sais ce que je dois faire pour l’éliminer et revenir à une situation normale, et ça marche ! Je cours vers le parc à vélos, déjà une foule de personnes venus très tôt encourager les concurrents, sont regroupés derrière les barrières (on est bien à Embrun !) Un rapide coup d’œil sur le nombre de vélos en place, ne me donnera aucune indication, le parc est beaucoup trop grand !
Le vélo :
Après quelques hectomètres de vélo, porté par les acclamations du public impressionnant dans la ville, j’entame la “boucle des Puys”. Je récupère ma montre chrono attachée initialement au cintre de mon vélo,celle-ci affiche 7h16, soit pratiquement 15mn d’avance sur mes prévisions ! Cette bonne nouvelle va me donner un gros moral et du rythme pour l’épreuve vélo.
Philip avait raison, cette première partie dans la boucle des Puys est fraiche et le choix vestimentaire de partir avec des manchettes n’est pas superflu.
La première descente nous projette au dessus du lac de Serre-Ponçon. La vue est magnifique… Au détour d’un virage, un signaleur nous demande de ralentir, un véhicule de la sécurité est là… un triathlète est couché au bord du ravin, une couverture de survie le recouvre partiellement. Je me pose toutes les questions à son sujet et durant les kilomètres suivants, je reste très prudent, puis je reprends le rythme de la course. Au 43ème km, une allée de personnes est postée au rond point. Je suis sur “la plaque” porté par ces encouragements jusqu’à l’entrée de Barratier, c’est magique on ne sent plus le dénivelé ! Bruno et Jean Marc me rappelle d’être prudent, j’ai 20 mn d’avance sur mes prévisions et je dois en garder sous la pédale, la journée sera longue…
Tout se passe bien, je suis au pied du col de l’Izoard et j’ai de bonnes sensations, mais avant Arvieux un événement va noircir cette ascension. Ce n’est plus un doute, je ressens de plus en plus la rugosité du revêtement quand je suis posé sur ma selle, c’est une crevaison de la roue arrière ! Je prends tout le temps nécessaire pour contrôler le pneu et éliminer la cause, afin de ne pas “percer” une nouvelle fois. Nicolas (triathlète et compagnon de stage de préparation) arrive à ma hauteur, et son message de soutient va me faire un bien énorme. Poursuivant la montée, je ne peux éviter de penser à une seule chose : comment je vivrais l’abandon de la course si je devais percer une seconde fois ???
Enfin le col, passage mythique et incontournable du triathlon d’Embrun. Des visages familiers se dessinent, j’entends crier mon prénom, une banderole est dressée face au vent, je suis “scotché”, ému, surpris, mais tellement heureux !
La descente sera “fraiche” (5°) et le coupe vent mis très rapidement n’est pas superflu. Je tremble, mon guidon aussi, ce n’est pas le moment de le lâcher pour un éventuel ravito, on verra plus bas, avant Briançon. La suite du parcours se déroule sans soucis, je sais que plus j’avance dans le temps et plus les vents thermiques seront un obstacle à ma progression, alors couché sur ma monture je rêve à cette belle ligne d’arrivée.
Passage au pont Neuf, je suis au pied de la dernière difficulté la fameuse “Bête de Chalvet”. Cette montée de 5 km se révèle être un bon indicateur pour l’état des jambes lors de l’enchainement du marathon. Une fois de plus, les encouragements soutenus de l’équipe vont me donner des jambes de feu, et cette dernière ascension sera plus du bonheur que de la douleur.
Je pose le vélo, mon compteur affiche 7h35’ de route, mais réellement avec les arrêts, le chrono est plutôt proche de 7h55’ et même si mon avance a fondu, je suis toujours dans le coup !
C’est donc serein que j’aborde la course à pied avec ses deux boucles de 21 km, mais je sais que le plus dur reste à venir…
Le marathon :
Ce parcours, je l’ai reconnu mètre par mètre, et tous les repaires fixés lors du stage de préparation, sont des étapes consécutives à franchir. Je reste très prudent sur cette première boucle car je sais qu’une fois la ligne passée une première fois, il n’y aura plus de temps “éliminatoire” et j’aurai tout le temps de gérer la seconde partie.
Comme prévu le public est là, mes ami(e)s, ma famille, également. La traversée de la vieille ville est grandiose, mêlée au bruit des acclamations, des musiciens…on est bien à Embrun. Au 28éme Km je m’arrête au ravito, le gel “lent” pris peu de temps auparavant n’a pas l’effet escompté. Je ne suis pas bien, je ne sais plus quoi manger, quoi boire, et je repars très difficilement. La descente est un calvaire et une douleur derrière les deux genoux m’oblige à marcher. Le doute s’installe, et le chrono, lui, tourne toujours !
Je reprends doucement, la douleur est toujours là, mais je persiste, et l’envie va gagner sur le mal. Sous un ciel menaçant je retrouve une foulée digne d’un modeste coureur de fond… 18h15, un orage éclate et je suis très rapidement trempé mais ce n’est pas grave, car je suis tellement heureux de pouvoir continuer à courir sur cette chaussée inondée.
Les derniers km se feront sans ennuis. Nicolas et Stephane qui m’ont accompagné en VTT, me lancent les derniers encouragements, mais je sais que j’irai jusqu’au bout. Je repasse pour la 4ème fois sur ce chemin qui contourne le plan d’eau (mais pour la dernière fois, c’est sûr !)L’orage a chassé le public. Je cours le long des barrières, seul, j’entends le speaker, l’arrivée est proche…
Le final :
Ce moment, je l’ai tellement rêvé lors de mes longues heures d’entrainement que les gestes sont là…je suis prêt à savourer l’instant. J’aperçois le fameux tapis bleu qui conduit au portique (vous savez celui que l’on voit en photo dans les magasine de triathlon !) je remonte la fermeture de mon maillot, place mes lunettes sur la casquette, ce moment va être inoubliable, je le sais…
Le chrono indique 14h10’22’’ je viens de finir l’EmbrunMan 2010 !
Remerciements :
Tout d’abord, je souhaite remercier Krystel ma compagne présente à mes cotés jusqu’à l’aboutissement de cette aventure et même encore après la course. Souvent “occultée” de part l’intensité des entrainements, elle a su faire preuve de beaucoup de patience et de compréhension… Eric, notre coach qui durant le stage de préparation m’a apporté, riche de son expérience, ses précieux conseils…son adjoint de fortune “Bip-Bip” avec qui j’ai partagé la chambre, merci Philip pour ton aide et tes astuces (de jour comme de nuit !)
Enfin je n’oublie pas toutes les personnes qui présentes le jour de l’épreuve m’ont porté, fort de leurs encouragements, vers cette ligne d’arrivée. Tous ses visages qui me sont si familiers (parfois cachés au détour d’un col !) le long du parcours valent plus que n’importe quelle boisson énergétique !
Merci à vous tous de votre présence et de votre générosité, ces images sont gravées dans mon cœur de triathlète…
Michel,









